J’ai bien failli tout arrêter
Je vous l’avais dit sans détour qu’en 2008, ça passerait ou ça casserait. J’ai bien failli devancer l’appel et j’ai été à deux doigts de jeter l’éponge, purement et simplement au 30 juin.
Retour sur quelques mois qui ont été particulièrement difficiles et éprouvants.
Le marché: pénurie de bons produits à vendre.
(Pour rappel, je vous avais donné précédemment quelques chiffres clés sur le marché immobilier et vous avais donné mon sentiment sur l’évolution des prix immobiliers)
L’année immobilière est rythmée par deux temps forts dans l’année, la rentrée de septembre et les mois de printemps. Ces deux périodes sont en général actives en terme de transaction, avec à la fois une offre de biens à vendre renouvelée et des clients présents et motivés. Le redémarrage de septembre 2007 n’a été que timide. Idem pour celui du printemps 2008. La situation à laquelle j’ai été confrontée a toutefois été différente. A l’automne, il y a eu peu de bien nouveaux qui sont arrivés sur le marché mais de l’autre côté, j’avais encore de la demande. Au printemps, pas de biens, pas de demande. Le calme plat.
Les clients: inflexibilité ou frilosité.
J’ai été confronté à deux types de comportement de la part de mes clients ces derniers mois. Les premiers restaient quasiment arc-boutés sur leurs critères, malgré la difficulté de ces derniers. Quelques fois, les messages que je tente de faire passer ne passent pas. Il n’est pas toujours évident de faire entendre raison…
L’autre comportement que je vois depuis le début de l’année, c’est l’extrême frilosité au moment de s’engager. La peur sans doute d’être le dernier à acquérir au prix fort avant que ça ne se calme. Donc je me suis retrouvé, trois fois de suite confronté à ce cas ces dernières semaines: je trouve un bien, le client est intéressé, il fait une offre, la discussion s’engage, on arrive à un prix d’équilibre entre le vendeur et l’acheteur. Et puis l’acheteur prend peur, et décide de ne pas signer. A la dernière minute. Rageant, décourageant et assommant. Dans des moments pareils, pas facile de rester philosophe.
Un autre cas que j’ai malheureusement vécu, c’est un mélange entre l’inflexibilité et frilosité qui fait que certains clients font des propositions sans communes mesure avec la réalité des prix. En sur-anticipant une baisse qui n’est pas encore venue. Ce qui a pour effet d’avoir des vendeurs et des acheteurs dont les positions sont très éloignées. Trop.
Les confrères: même constat.
La question qui se pose avec un contexte comme ça, c’est “suis-je le seul ou est-ce partout pareil?”. Et bien il semblerait que ça soit partout pareil. On se parle avec nos confrères, tant parisiens que provinciaux. On évoque ces difficultés que l’on espère passagères. On a l’occasion de le faire car on se retrouve à Paris une fois pas mois pour un petit-déjeuner d’échange. Et bien c’est un peu la soupe à la grimace. Plusieurs on même évoqué n’avoir fait pour l’instant que le tiers de l’activité de l’année dernière à la même période.
Dans ces moments là , j’ai une pensée pour mes pauvres confrères qui viennent juste de s’installer. Car eux doivent souffrir encore plus que les autres…
Alors, comment mener sa barque dans une telle tempête?
Considérant que la dernière recherche que j’ai conclue remonte à mi-novembre et que le taux de réussite de mes recherches est en chute libre, comment faire pour s’en sortir? Ajoutez à ce contexte quelque peu difficile le fait que j’ai pu aussi commettre quelques monumentales erreurs d’appréciation avec certains clients et vous avez un tableau assez sombre.
En mars, j’ai pris un bureau pour pouvoir changer de braquet et me tenir prêt pour le redémarrage de printemps qui n’a pas eu lieu. Et au fur et à mesure des semaines qui avançaient, je ne voyais pas le ciel s’éclaircir pour autant. C’est à ce moment-là que j’ai été tenté de jeter l’éponge. Pire, j’avais décidé de le faire. En me disant que si je n’avais rien conclu au 30 juin, j’arrêtais les frais. Tout arrêter fin juin me permettait peu ou prou de repartir avec l’argent que j’ai mis en capital au moment du démarrage. Et passer à autre chose.
Et puis, je me suis ravisé. Sur les conseils de certains entre autre. Même si je n’ai pas fait d’affaire avant fin juin. Et aussi sur le constat que la difficulté de cet environnement n’était que passagère. Ce qui manque au marché en ce moment, c’est de la fluidité. Il y a eu beaucoup d’attentisme de la part des différents acteurs ces derniers mois. Mais la réalité ne change pas. Quel que soit le contexte, les gens ont besoin de se loger. La famille qui s’agrandit, les couples qui se séparent. La vie en somme, car l’immobilier, c’est la vie.
Je fais aussi très cyniquement le pari que les difficultés du marché vont avoir des conséquences toutes darwiniennes. Et donc qu’il y aurait inévitablement des morts tout au long du chemin. D’ailleurs, il y en a déjà pas mal. Ceux qui passeront ce cap seront les mieux armés pour la suite.
L’idée c’est d’être prêt pour le moment où les choses reviendront à plus de fluidité, plus de calme. Et d’être là pour en bénéficier. Tout le travail qui a été accompli ces trois dernières années, les sacrifices endurés, les inévitables soubresauts de moral, tout ceci n’est valorisé que si je continue l’aventure. Sinon, tout ceci aura été vain.
Pour pouvoir continuer en ces temps difficiles, il faut aussi s’en donner les moyens. Ca passe par de nouveaux sacrifices mais le jeu en vaut la chandelle. Résultat, plus de rémunération pour l’instant pour laisser le maximum de liquidités dans la société. Et pour palier à cette chute de revenus, j’ai du à titre personnel aménager mon prêt immobilier personnel. A savoir la suspension pour une durée de 12 mois de l’amortissement du capital. Voilà qui devrait nous donner un peu d’air quand même.
Vous l’avez ainsi bien compris j’imagine. Vous ne vous êtes pas encore débarrassés de moi!
… to be continued … (to be continued)
PS: pas loin de trois heures pour rédiger, synthétiser et peaufiner cette note. Pfiou… Je me suis déchiré sur ce coup-là !


